« La logistique des retours est à la fois le talon d’Achille et la clé de l’entrepreneuriat circulaire. »
« La logistique des retours est à la fois le talon d’Achille et la clé de l’entrepreneuriat circulaire. »
Selon Jeff Stubbe, CEO du fabricant de couches Woosh, la circularité ne commence pas par un plan idéal, mais par un modèle économique qui fonctionne dans la pratique. « Pour nous, les “baby steps” sont essentiels : apporter en permanence de petites améliorations au lieu d’attendre l’arrivée d’un modèle parfait. »
Couches jetables et circularité : à première vue, cela ne semble pas aller de pair. Pourtant, Woosh démontre que même pour une catégorie de produits qui engendre des volumes importants et une fréquence d’utilisation élevée, des mesures circulaires sont possibles. L’entreprise belge a mis au point sa propre couche écoresponsable et son propre modèle de collecte et de recyclage. « C’est ainsi que nous parvenons à récupérer une grande majorité des couches vendues par l’entreprise », explique le CEO Jeff Stubbe. « Nous ne nous contentons pas de vendre un produit, nous en assumons également la responsabilité une fois qu’il a été utilisé. Aujourd’hui, nous couvrons déjà une part significative du secteur belge de la petite enfance, et les couches usagées sont collectées puis acheminées vers notre centre de recyclage de Bruges via notre propre réseau logistique. »
Jeff Stubbe : « Après une étude approfondie du secteur des couches, nous avons constaté que la couche jetable est un produit très populaire, mais que c’est surtout la fin de son cycle de vie qui est problématique. Les jeter et les incinérer n’est pas une solution viable. À partir de là, nous nous sommes mis en quête d’une alternative. »
« La circularité consiste à conserver les matériaux dans la boucle de la manière la plus optimale possible, mais pour moi, cela va bien au-delà : il s’agit avant tout d’apprendre à penser en termes de systèmes. Pour les produits classiques, on se base souvent sur les fonctionnalités et le prix de revient. La circularité nécessite de prendre du recul et de repenser l’ensemble du système, ainsi que le cycle de vie complet d’un produit. À mes yeux, c’est précisément cette manière de penser en termes de systèmes qui distingue fondamentalement une approche linéaire d’une approche circulaire. »
« Chez nous, la circularité est présente à plusieurs niveaux. Tout d’abord, nous avons développé une couche composée de matériaux recyclés, tout en tenant également compte du recyclage futur. En outre, nous avons élaboré un modèle de service qui combine livraison et collecte. Nous l’avons en premier lieu proposé dans le secteur de la petite enfance, puis également aux consommateurs. Avec ce modèle, nous sommes désormais responsables du flux de retour, et c’est précisément ce qui nous amène à raisonner de manière totalement différente d’une marque linéaire classique. »
« Aujourd’hui, nous récupérons environ 95 % des couches que nous mettons sur le marché. Et cela est possible grâce à un modèle logistique dense composé de six hubs en Belgique. Depuis ces hubs, les couches transitent vers un point de recyclage, où les matériaux valorisables sont isolés et réintroduit dans l’économie. Ainsi, nous ne créons pas uniquement un produit, mais un système entièrement circulaire. »
« Nous avons délibérément opté pour une approche réaliste. En théorie, tous les flux de matériaux d’une couche sont valorisables, mais dans la pratique, il faut faire des choix. Aujourd’hui, nous nous concentrons sur la récupération des films plastiques, principalement le polypropylène et le polyéthylène en les séparant de la matière organique. Actuellement, cette dernière est toujours incinérée. Toutefois, nous continuons à chercher d’autres pistes de valorisation. »
« En retirant les matières plastiques des couches et en les réintroduisant dans l’économie, nous avons déjà aujourd’hui un impact significatif. Selon nos estimations, cette approche permet de réduire de plus de 50 % l’impact carbone d’une couche classique à la fin de son cycle de vie. C’est la preuve que le progrès circulaire n’a pas besoin d’être parfait pour apporter une valeur ajoutée. »
« Absolument. Pour nous, les “baby steps” sont essentiels : apporter en permanence de petites améliorations au lieu d’attendre l’arrivée d’un modèle parfait. Le développement de produits n’est donc jamais à l’arrêt. Chaque nouvelle génération de couches doit franchir une étape supplémentaire en termes de circularité, de recyclabilité et d’impact environnemental. »
« Selon nous, un modèle circulaire ne peut perdurer que s’il est également viable au niveau de l’entreprise. C’est pourquoi, dès le début, nous avons cherché une solution qui soit à la fois pertinente pour le client et évolutive pour notre entreprise. C’est la seule façon de créer une véritable dynamique et de la traduire, à terme, en un impact concret. »
« Sur le plan opérationnel, nous travaillons avec six hubs logistiques répartis dans toute la Belgique. De cette façon, nous pouvons rassembler de gros volumes plus efficacement et les acheminer vers un seul point de recyclage. L’emplacement exact de ce point de recyclage est donc moins important que l’efficacité logistique qui l’entoure. »
« La collaboration à Bruges, où IVBO accueille notre technologie sur son site, s’est avérée essentielle. Pour les technologies circulaires expérimentales, l’obtention des autorisations environnementales représente souvent un défi de taille. La possibilité d’avoir pu nous implanter sur un site bénéficiant d’un permis étendu et de disposer d’un partenaire partageant notre vision nous a permis d’accélérer le processus et de mener à bien ce projet. »
« Je pense que la logistique des retours constitue le levier déterminant. Vous pouvez avoir autant d’idées innovantes en matière de circularité que vous voulez, mais sans flux de retour efficaces et abordables, leur mise en œuvre reste difficilement rentable. C’est le talon d’Achille de nombreux modèles circulaires, mais c’est aussi la clé de leur évolutivité. »
« À mes yeux, la généralisation des processus de retours est quelque chose de positif, tant pour les consommateurs que pour les entreprises. À mesure que ces flux de retour se développent et gagnent en maturité, davantage de produits circulaires peuvent s’y intégrer. Cela facilite la mise en œuvre de nombreuses initiatives qui sont encore considérées aujourd’hui comme trop complexes ou trop coûteuses. »
« Les modèles circulaires présentent des inefficacités inhérentes. Sur le plan opérationnel, ils sont souvent plus complexes et entrainent donc également des coûts plus élevés. C’est précisément pour cette raison que les entreprises circulaires doivent exploiter la technologie afin de gagner en efficacité. Il peut s’agir des processus opérationnels, de l’informatique, des ventes ou des services : il est nécessaire de standardiser et de simplifier à chaque niveau de manière intelligente. »
« Évidemment, l’intelligence artificielle peut également engendrer des gains d’efficacité globaux, mais je ne pense pas que l’IA ait, par définition, un impact plus important sur les entreprises circulaires que sur les autres. Selon nous, le plus grand défi en matière de circularité aujourd’hui réside toujours dans l’approche systémique et la logistique. »
« Miser sur la réutilisation chaque fois que cela est possible permet de bénéficier de gains rapides. Tout ce que vous pouvez remplacer par un objet réutilisable ou qui doit être remplacé moins souvent présente généralement une grande valeur ajoutée à long terme. Bien sûr, le modèle économique doit également tenir la route, mais à grande échelle, les avantages sont souvent considérables. »
« En adoptant une consommation plus critique et en nous informant davantage. Le prix affiché en magasin ne reflète pas toujours toute la réalité. Un produit qui semble bon marché à première vue peut s’avérer être un choix coûteux à long terme. Ceux qui s’intéressent au coût réel d’utilisation ont tendance à faire spontanément des choix plus durables. »
« Les entreprises ont également une responsabilité à cet égard. Elles doivent communiquer de manière claire et transparente, afin que les consommateurs puissent effectivement faire ce choix. Cependant, un consommateur curieux et bien informé reste essentiel pour favoriser l’adoption à plus grande échelle des solutions circulaires. »
« Le maitre mot est la simplicité du message. La circularité est souvent complexe, et la tentation est alors grande de se perdre dans les détails. Seulement, l’attention des consommateurs est limitée. Si vous souhaitez convaincre le public, faites en sorte que les avantages soient clairs, et compréhensibles. »
« C’est aussi la raison pour laquelle nous misons sur l’accessibilité. Outre nos activités dans le secteur de la petite enfance, les consommateurs peuvent aujourd’hui également profiter de nos services via notre boutique en ligne, via les biosupermarchés équipés de conteneurs de collecte et via des partenariats avec les mutualités. Plus il y aura de points de collecte, plus il sera facile de maintenir efficacement un comportement axé sur la circularité. »
« Ne pas viser la perfection. Si vous attendez de disposer du modèle idéal, vous risquez de ne jamais vous lancer. Vous devez mettre au point un modèle qui fonctionne dès aujourd’hui, qui persuade les clients et qui progresse petit à petit. C’est, selon nous, l’essence même de la circularité : l’amélioration continue et non la passivité. »
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