Auteur:
Sara Adam, Corporate Consultant chez Group Casier, s.adam@casier.be et Loes Vandromme, Corporate Assistant chez Group Casier, l.vandromme@casier.be

« Prolonger la durée de vie du matériel informatique en favorisant au maximum la réutilisation »
« Prolonger la durée de vie du matériel informatique en favorisant au maximum la réutilisation »
Ecubel est le leader du marché belge dans le domaine de l’achat et de la vente de matériel informatique usagé. L’entreprise fait partie du Groupe ATF, un groupe français composé de quatre entités, chacune active sur le marché du matériel informatique reconditionné. Wim Teerlinck, CEO d’Ecubel : « Nous étudions de nouvelles méthodes de réparation et de mise à niveau des composants afin de prolonger encore davantage la durée de vie des équipements. »
Wim Teerlinck est propriétaire et CEO d’Ecubel depuis 2011. « Mon père a été un pionnier de l’informatique circulaire. Dans les années 80, il travaillait dans une entreprise qui vendait de grands systèmes mainframe. On lui a demandé de réfléchir à la question de quoi faire des appareils qui leur étaient retournés. C’est comme ça qu’il a développé un marché donnant une seconde vie à ces composants. En 1985, il a créé sa propre entreprise sous le nom de Megabel, qu’il a vendue dix ans plus tard à un groupe. Il a respecté la clause de non-concurrence de cinq ans, mais a ensuite voulu relancer une activité. À ce moment-là, le marché des PC et des ordinateurs portables était en plein essor. Mon père ne connaissait pas bien cet univers et m’a donc proposé de rejoindre sa nouvelle entreprise, Ecubel. En 2011, j’ai fini par la racheter. »
Wim Teerlinck : « Ils m’ont contacté en 2021. À ce moment-là, je ne cherchais pas vraiment à vendre Ecubel, mais je sentais bien que le marché était en pleine évolution. On assistait à une vague croissante de consolidations : des entreprises en rachetaient d’autres pour former des acteurs plus puissants et de plus grande envergure. Ce constat a été déterminant dans ma décision de vendre Ecubel en 2021. J’ai également décidé de reprendre une participation partielle dans le groupe faîtier ATF qui fait en France exactement la même chose que nous en Belgique. »
« Nous intervenons sur l’ensemble du cycle de vie des produits informatiques. Nous collectons du matériel informatique usagé, le testons, le nettoyons, effaçons les données (effacement certifié) et le mettons à niveau en vue de sa revente. Le matériel qui n’est plus commercialisable est envoyé vers des entreprises de traitement agréées en vue d’un recyclage durable. Nous ne nous considérons pas comme un acheteur, mais comme un partenaire. Tout au long du processus, nous travaillons en étroite collaboration avec nos clients, les fabricants, les distributeurs et des organisations spécialisées dans le recyclage et la valorisation des matériaux. L’évolution rapide des technologies de l’information et des exigences environnementales nous oblige à innover en permanence. Nous étudions de nouvelles méthodes de réparation et de mise à niveau des composants afin de prolonger encore davantage la durée de vie des équipements. »
« Nos fournisseurs sont principalement des entreprises de moyenne et grande taille, aux profils essentiellement administratifs, ainsi que des sociétés de leasing. Les grandes organisations et entreprises fonctionnent par cycle : elles renouvellent leur matériel tous les deux à quatre ans. Il s’agit d’équipements professionnels ayant une longue durée de (ré)emploi. Les appareils domestiques (à usage privé) sont difficiles à réparer, et ce n’est souvent pas rentable. La majorité des appareils que nous recevons proviennent d’environnements opérationnels et sont généralement en bon état. Ils sont souvent remplacés pour des raisons économiques. Avant de les remettre en service, nous procédons à un nettoyage physique approfondi, à un effacement sécurisé des données et à une réinstallation des logiciels, afin de les rendre à nouveau pleinement prêts à l’emploi. »
« Nous examinons de quels composants il s’agit et ce qu’il est économiquement justifié de remplacer. Par exemple, nous ne réparons pas les cartes mères, car cela coûte trop cher. En revanche, pour un écran cassé, un disque dur défectueux, une batterie défaillante ou un clavier auquel il manque une touche, nous recherchons une pièce de rechange. »
« Nous servons différents types de clients finaux par le biais de divers canaux. Il y a d’abord des organisations comme les écoles, les ASBL et les collectivités locales, qui optent pour du matériel informatique reconditionné de qualité. Les ventes au personnel jouent aussi un rôle important : ce système permet aux collaborateurs des entreprises d’acheter les appareils amortis pour leur usage privé. »
« Les particuliers découvrent notre offre via notre boutique en ligne laptopdoccasion.com, où ils peuvent facilement commander un appareil reconditionné fiable. Enfin, nous collaborons avec des revendeurs, tels que des petits magasins d’informatique, qui achètent nos appareils pour les revendre à leurs clients. Ces dernières années, le marché local a connu une forte croissance et nous lui accordons de plus en plus d’attention. Le matériel qui ne répond pas aux exigences du marché belge est vendu à l’étranger. »
« Le plus difficile sur le marché du reconditionné, c’est le premier achat ; ensuite, les clients restent généralement fidèles. Il est important de préciser que “reconditionné” ne veut pas dire la même chose que “d’occasion”. Un appareil d’occasion est un appareil que vous recevez en l’état. Un appareil reconditionné est entièrement nettoyé, les données sont effacées, certains composants sont remplacés si nécessaire et les logiciels sont réinstallés. Nous classons nos appareils en fonction de leur état, la catégorie A correspondant au niveau de qualité le plus élevé. Depuis deux ans, nous constatons que les clients optent plus souvent pour un appareil de catégorie B : des appareils présentant de légères traces d’utilisation, comme de petites rayures, mais avec les mêmes performances techniques fiables qu’un appareil de catégorie A, le tout à un prix plus abordable. »
« La plupart des clients qui reviennent chez nous après quelques années pour remplacer leur appareil reconditionné ne le font pas parce qu’il est défectueux, mais en raison de facteurs externes, comme l’évolution des exigences logicielles. Par exemple, le support de Windows 10 a cessé fin octobre 2025. Pour continuer à bénéficier des mises à jour et de l’assistance, les utilisateurs ont dû passer à Windows 11. En soi, ces appareils fonctionnent souvent encore parfaitement, mais ils ne répondent pas toujours aux conditions imposées par Microsoft, qu’il s’agisse des exigences matérielles spécifiques ou d’une génération minimale de processeur. »
« 70 % de nos collaborateurs sont des ouvriers qui effectuent un travail manuel. Nous ne pourrons jamais dire à un robot tout ce qu’il doit faire. Pour le tri, le nettoyage physique, le test des ordinateurs portables… nous avons besoin de main-d’œuvre humaine. Nos collaborateurs testent tous les composants et les inspectent visuellement pour détecter d’éventuelles bosses, rayures, fissures et d’autres dommages. De plus, l’existence d’ordinateurs portables de tailles différentes complique l’automatisation. »
« Nos clients peuvent choisir s’ils souhaitent obtenir une valeur résiduelle pour le matériel usagé qu’ils nous apportent ou s’ils préfèrent avoir un impact social en reversant ce montant résiduel à une association caritative via la Fondation Ecubel. Sur le plan social, nous assumons également nos propres responsabilités. Nous collaborons avec l’entreprise de travail adapté Westlandia, qui vient sur place effectuer le nettoyage physique des ordinateurs portables, et nous misons sur l’emploi inclusif, notamment via le travail adapté individuel. Nous proposons aussi des stages afin que les jeunes puissent acquérir une précieuse expérience pratique pendant leurs études. »
« Il y a une dizaine d’années, nous avons entamé des discussions avec l’OVAM dans le cadre d’une nouvelle réglementation relative au matériel informatique usagé. À l’époque, une grande partie de ces appareils était exportée, la responsabilité passant du vendeur à l’acheteur dès la frontière franchie. Cela donnait lieu à des situations indésirables, telles que du dumping et des dommages environnementaux. »
« Ensemble, nous avons réfléchi à des solutions possibles pour y remédier. Une piste importante consistait à maintenir la responsabilité chez le vendeur, y compris en cas d’exportation, et à miser sur des contrôles de qualité clairs, comme le test des appareils et la délivrance d’un “certificat de réutilisation”. Il a fallu un certain temps pour transposer ces propositions dans la réglementation, mais quelques années plus tard, elles ont effectivement été ancrées dans la législation. »
« On pourrait sensibiliser les entreprises à l’utilisation d’appareils reconditionnés plutôt que neufs pour prolonger la durée de vie des équipements informatiques. Ou encore, favoriser une meilleure gestion informatique en planifiant et en intégrant le reconditionnement dans les stratégies d’achat. Mais aussi élaborer une logistique inverse plus efficace, afin de rendre le processus de collecte et de valorisation plus accessible et plus performant. »
« La sensibilisation et l’éducation sont essentielles. Nous devons briser les préjugés concernant les produits reconditionnés et montrer qu’ils sont tout aussi fiables que les produits neufs, avec un impact écologique et financier bien plus favorable. Des garanties étendues et des services après-vente de haute qualité peuvent renforcer la confiance des consommateurs. Par ailleurs, des incitants fiscaux et financiers pourraient accélérer considérablement l’adoption des pratiques circulaires. »
« Ils doivent concevoir des produits modulaires, réparables et évolutifs. Si la réparation demande trop de travail, le coût de revient est trop élevé et le reconditionnement n’est pas rentable. Si tout peut être réparé facilement, le reconditionnement restera abordable et rencontrera davantage de succès ! »
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